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Quand une psychanalyste rend les mères responsables de l’autisme

vendredi 25 mai 2012 , par AFG Webmaster

Pour mémoire, un extrait de la video interdite sur ce lien avec le crocodile et la mère qui veut dévorer l’enfant (les dents de la mer / mère)

Lire aussi sur ce lien : Psychanalyse : des théories sexuelles machistes et dangereuses du 10/09/2012

L’Express s’est procuré une séquence inédite du tournage du documentaire polémique Le Mur. Une psychanalyste y pointe la responsabilité des mères dans l’autisme de leur enfant.

Une séquence vidéo inédite, que L’Express s’est procuré (ci-dessous), éclaire sous un jour nouveau l’affaire du documentaire Le Mur, qui dénonce le traitement de l’autisme par la psychanalyse. Le tribunal de grande instance de Lille a condamné, le 26 janvier dernier, la documentariste Sophie Robert à d’importants dommages et intérêts pour avoir, au cours du montage de son film, "dénaturé le sens des propos effectivement tenus" par trois des psychanalystes interviewés. La réalisatrice a fait appel de la décision. Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus global de remise en cause du rôle de la psychanalyse dans le suivi des enfants autistes. Cette approche, largement utilisée en France, a été désavouée le 8 mars par la Haute autorité de santé, qui a recommandé d’utiliser des méthodes alternatives, dites éducatives, pour traiter ce trouble précoce de la communication.

Parmi les griefs qui sont faits à la psychanalyse : elle véhiculerait une explication erronée de l’autisme. Selon certains psychanalystes, ce trouble apparait en réaction à l’attitude inappropriée de la mère, qui se comporte de manière trop froide ou trop possessive vis-à-vis de son enfant. Or, il existe à présent un large consensus dans la communauté scientifique internationale pour considérer l’autisme comme un trouble d’origine neurobiologique, autrement dit le résultat d’un mauvais développement du cerveau. C’est l’un des sujets sur lesquels s’expriment les psychanalystes interviewés dans le documentaire, notamment Esthela Solano-Suarez, l’un des trois plaignants.

La séquence que L’Express porte aujourd’hui à la connaissance du public est extraite de l’entretien de trois heures accordé à Sophie Robert par Esthela Solano-Suarez, le 5 novembre 2011, dans son cabinet parisien. Ce plan de sept minutes n’a pas été retenu au montage, mais il figure dans les rushes qui ont été saisis par la justice, désireuse de comparer les propos tenus par les interviewés avec les extraits qui ont été présentés dans le film.

Selon Sophie Robert, il s’agit du moment où Esthela Solano-Suarez a demandé à faire une pause pour boire un verre d’eau. La psychanalyste a retiré son micro filaire, placé sous le col de sa robe, puis s’est déplacée dans la pièce, sortant du champ de la caméra, posée sur un pied face à son bureau. La conversation s’est poursuivie de manière plus informelle entre la documentariste et la psychanalyste, et a été enregistrée par le micro de la caméra.

En voici les principaux extraits :

"Esthela Solano-Suarez : Sur ce point [NDLR : la responsabilité de la mère dans l’autisme de son enfant], il faut faire attention parce qu’au lieu de rendre service à la psychanalyse, on donne des arguments pour se faire attaquer.

Sophie Robert : Vous pensez qu’il y a un trouble de la relation maternelle quand même à la base ?

ES : Mais oui, mais oui...

SR : Mais comment est-ce qu’on peut expliquer que cette "non rencontre" puisse produire de l’autisme ?

ES : C’est comme un laisser tomber profond, irrémédiable, qui se produit dès le début.

SR : La mère a laissé tomber l’enfant ?

ES : Un laissé tomber, quelque chose qui fait faillite au niveau de l’amour.

SR : Au niveau de l’amour ?

ES : Au niveau de l’amour. [...]

SR : Il n’y a pas des mères d’enfants autistes qui aiment sincèrement leur enfant ?

ES : Elles vont vous dire qu’elles adorent leurs enfants, mais vous pouvez vous apercevoir que l’enfant est en train de vous exprimer quelque chose et qu’elle est absolument absente, qu’elle n’entend pas... L’autisme de l’enfant, c’est une conséquence d’un certain autisme de la mère à l’égard de l’enfant. Je vais vous dire une chose, j’ai reçu une petite fille autiste, elle avait 9 ans, elle parlait pas, elle faisait des bruits horribles, des hurlements, aucune parole, aucune, et au bout d’un an, un an et demi de traitement, elle est au seuil de la porte, elle va partir avec sa maman, et alors elle se retourne, la petite fille, vers moi, elle me fait un geste et me dit ’au revoir Madame’. C’était un miracle. C’était la première parole de sa vie ! La mère m’a dit ’vous avez entendu au revoir ? PAS MOI !’ Là il y a quand même quelque chose d’extraordinaire.

SR : Elle était peut être jalouse ?

ES : Oui, oui, mais j’ai constaté aussi, mais je pourrai pas le dire devant la caméra, que lorsque les enfants commencent à parler, commencent à s’humaniser, c’est à ce moment là que les mères disent que ça va pas, que leur enfant devient insupportable, et qu’elles arrêtent. Il y a quelque chose d’insupportable du désir et de la demande de l’enfant. Elles peuvent supporter un enfant qui hurle toute la journée. On n’entend pas, on fait comme si on n’entendait pas. Et elles ne supportent pas un enfant qui dit ’je veux pas’ ou ’je veux’, c’est-à-dire un enfant qui se détermine comme étant un sujet en dehors d’elles. Différent d’elle-même. [...]

SR : Et le père il ne peut pas aider ?

ES : Il y a des pères qui peuvent suppléer les carences maternelles, oui. C’est possible que ce soit le père qui assume la fonction de l’amour, la fonction du don, cette fonction essentielle, oui. C’est possible. [...]

SR : C’est l’amour de la mère qui rend humain ?

ES : Mais oui, évidemment, mais oui. Mais quand on n’a pas reçu d’amour, on ne peut pas en donner."

Attention, après les 10 secondes de publicité forcer le son et lire les transcriptions :

Dans cette séquence inédite, Esthela Solano-Suarez adopte une position beaucoup plus tranchée à propos de la responsabilité des mères dans l’autisme de leur enfant que dans les extraits qui ont été retenus au montage. Le document laisse ainsi entendre que, sur ce point précis, la pensée de l’interviewée n’a pas été caricaturée dans le film mais, au contraire, atténuée. Contacté par L’Express par téléphone, Esthela Solano-Suarez n’a pas souhaité faire de commentaire, compte-tenu de la tenue dans les prochains mois du procès en appel dans cette affaire.

Cette séquence a été versée au dossier d’appel, selon l’avocat de la documentariste, Me Stefan Squillaci. On peut se demander pourquoi il n’a pas été retenu au montage, alors que les propos tenus sont particulièrement forts. Interrogée sur ce point, Sophie Robert avance des raisons techniques. "J’ai mis cette séquence de côté parce que dans celle-ci, Mme Solano-Suarez ne portait pas son micro filaire et que le son était moins bon que dans le reste de l’interview, affirme-t-elle. De plus elle avait quitté son fauteuil et n’apparaissait plus à l’image."

D’autres documentaires, pourtant, ne s’embarrassent pas de problèmes d’esthétique quand il s’agit de transmettre des informations considérées comme essentielles. Pourquoi ne pas avoir conservé ce plan malgré tout, quitte à avertir de sa mauvaise qualité ? "Les spectateurs n’ont pas été privés des informations qui apparaissent dans ce plan, car Mme Solano-Suarez développe la même idée, celle que les mères sont responsables de l’autisme de leur enfant, dans une autre séquence du Mur, explique Sophie Robert. D’ailleurs, d’autres psychanalystes soutiennent la même thèse ailleurs dans le film."

Pour son avocat, Sophie Robert mène un combat légitime en dénonçant cette "vision dépassée" de l’autisme, car "les conséquences sont dramatiques pour les enfants autistes". "Puisque le thérapeute considère que la mère est toxique, il cherche à la séparer de son enfant, s’indigne-t-il. Quant au protocole de soins qui est proposé à la famille, il exclut les méthodes modernes qui visent à compenser le handicap de l’enfant en matière de communication, ce qui constitue pour lui une véritable perte de chance." Compte-tenu des différentes étapes à prévoir dans la procédure, l’affaire du Mur ne devrait pas être plaidée en appel avant l’automne.

Source : http://www.lexpress.fr