Les assises sociales de la Région Ile-de-France se sont tenues les lundi 8 et mardi 9 novembre 2010. Le Thème de la première journée était l’inclusion des personnes en situation de handicap.
Une des tables rondes portait sur l’hébergement des personnes en situation de handicap : institutions spécialisées, logements ordinaires, passerelles. C’est dans ce cadre que Jean-Paul DIONISI, par ailleurs conseillé technique d’AFG, a présenté le projet de la Ferme agricole et artisanale de La Lendemaine.
Voici sa présentation :
Le porteur du projet :
L’association SAUGE (Solidarité Autisme Gestion) : ses fondateurs sont :
Des parents concernés par le handicap de l’autisme
Des professionnels expérimentés dans ce domaine
Des experts dans différents domaines
Présidente : Claire Chastenet
L’autisme : il s’agit d’un trouble neuro-développemental, dont les conséquences sont extrêmement invalidantes :
Problèmes de traitement des informations sensorielles, qui rendent difficile la compréhension des situations, des codes sociaux et des interactions avec autrui. Les personnes autistes ne refusent nullement le contact, mais ne savent pas comment s’y prendre pour y parvenir.
Cela entraîne des difficultés de communication, d’expression de ses besoins, de ses sentiments, de ses ressentis corporels (faim, soif, douleur, ...).
Il en résulte souvent des difficultés comportementales, signes de l’incompréhension, de la frustration, qui peuvent se manifester par de la violence, ou au contraire de la passivité, ou par des conduites ritualisées et répétitives.
Quelles réponses ?
Dans l’état actuel des connaissances, l’autisme est un handicap à vie. Cependant, l’expérience acquise depuis une trentaine d’années montre qu’il est possible d’améliorer considérablement la qualité de vie de ces personnes, en proposant un mode d’éducation et d’accompagnement qui tienne compte de leurs difficultés spécifiques. Ce travail ne se limite pas à l’enfance, mais peut et doit se développer tout au long de la vie. Les personnes autistes peuvent apprendre et progresser si on leur en donne les moyens, et accéder à une vie riche et pleine de sens. C’est ce à quoi va tenter de répondre la Ferme agricole et artisanale de La Lendemaine.
Un espace agricole et écologique
L’ensemble de la propriété s’étend sur une superficie de 7 hectares, dans le périmètre d’un vaste terrain de 22 hectares situé aux Molières, appartenant à la Communauté de Communes du Pays de Limours (ancien site de TDF). Sur ces 7 hectares, 2 seront réservés de façon exclusive aux résidents, qui ont besoin d’un espace sécurisé et sécurisant. Sur les 5 hectares restants seront développées des activités à caractère agricole ou horticole, servant de support à certaines activités auxquelles seront associés les résidents. Il est prévu l’aménagement d’une bambouseraie, d’un arboretum, d’un verger, d’un potager,... En effet, nous avons voulu que le foyer ne soit pas conçu comme un lieu fermé, mais comme un lieu en harmonie et en communication avec son environnement, dans la perspective de « vivre ensemble ». Contrairement à ce qu’on a pu observer dans maints autres lieux où la perspective de l’implantation d’un établissement accueillant des personnes autistes est redoutée, voire rejetée, l’attitude des habitants des environs est positive, la présence du centre est vécue comme une chance et non comme un inconvénient. Des projets de collaboration avec des habitants, des associations et de petites entreprises se développent, pour la culture de plantes aromatiques, de fleurs rares, pour des potagers bio, la fabrication d’objets en bambou, l’accueil d’ânes ou autres animaux ... Ces partenariats sont essentiellement développés autour de bio-activités et d’activités artisanales pouvant contribuer à des micro-formations professionnelles des résidents. Par la suite seront créés des ateliers d’artisanat et d’art, permettant d’accueillir des artisans et des artistes capables à la fois de développer leur propre activité et d’intégrer à temps partiel des personnes autistes dans leurs activités de création et de fabrication.
Une maison à vivre :
La conception architecturale des lieux participe à la lisibilité des espaces et à leur fonctionnalité, nécessaire aux personnes autistes. Habitat et lieux d’activités de jour sont distincts, et comme tout le monde, les résidents sortent de chez eux le matin pour se rendre sur leur lieu de travail ou d’activité.
Le bâtiment de résidence est constitué de 3 maisonnées, chacune pouvant accueillir 8 personnes, qui disposent d’une chambre individuelle. Des pièces à vivre sont aménagées dans chaque maisonnée, cuisine, salle à manger, salles d’activité et de repos, ... Bien que la majorité des résidents soit peu autonome, il nous semble important qu’ils s’approprient leur lieu de vie comme leur appartenant, ils seront donc encouragés, avec toute l’assistance nécessaire, à participer à la vie matérielle de leur maison et à son entretien, même si leur participation est minime.
Le bâtiment d’activités permet la réalisation, par des groupes restreints de 2 à 4 personnes, d’activités variées, visant à l’acquisition de nouvelles compétences, à un accroissement de l’autonomie dans les gestes de la vie quotidienne, au développement d’activités artisanales et artistiques.
L’ensemble des constructions est conçu en Haute Qualité Environnementale, l’accent étant mis sur l’esthétique, la durabilité et la fonctionnalité.
Des activités pleines de sens
On l’aura compris, il ne s’agit pas de « meubler le temps », de faire du remplissage avec des activités occupationnelles. Les activités doivent avoir une finalité, une utilité pour la personne et pour la communauté. Même s’ils n’ont que peu d’autonomie, les résidents ont aussi des capacités que nous devons développer. Ils peuvent apprendre, ils peuvent se réaliser et se valoriser à travers des réussites, aussi minimes soient-elles. Ils ont aussi le droit d’avoir accès au sport, aux loisirs, à la culture, en s’intégrant chaque fois que c’est possible aux équipements publics.
Un personnel attentif et formé
L’accompagnement de personnes autistes nécessite d’avoir recours à une équipe aux compétences multiples et complémentaires, adhérant à l’éthique du projet et formée aux particularités de l’autisme. Nous souhaitons pour cela à faire appel aux ressources humaines et professionnelles locales, ce qui nécessitera la mise en place de formations qualifiantes pour lesquelles la collaboration du conseil régional sera requise.
La recherche
Comme je l’ai indiqué au début de mon exposé, nous savons aujourd’hui que les troubles autistiques sont liés à un fonctionnement défectueux du cerveau. Même si les connaissances scientifiques évoluent, la compréhension des phénomènes reste très mystérieuse. Nous proposons d’associer des chercheurs dans différentes disciplines avec les professionnels de terrain qui travailleront à La Lendemaine, afin de mieux comprendre ce qui peut permettre d’améliorer les capacités de la personne autiste.
Jean-Paul DIONISI, membre fondateur de SAUGE