SYNTHESE 1ERE PHASE CNSA - DECEMBRE 2007
1ère phase : Recherche documentaire
Recherche-Action commanditée par la CAISSE NATIONALE DE SOLIDARITE AUTONOMIE
SYNTHESE
Décembre 2007
Jean-Yves Barreyre, Yara Makdessi
La recherche documentaire sur le
handicap d’origine psychique est la
première phase d’une démarche globale
; elle sera suivie d’une expérimentation
de terrain (MDPH/équipes
de santé mentale) qui s’appuiera
donc aussi sur les productions écrites
(rapports officiels, littérature grise,
outils et protocoles méthodologiques,
etc.).
Il s’agit bien de deux temps qui
s’articulent en cohérence dans le
projet d’accompagnement des équipes
pluridisciplinaires des Maisons
départementales des personnes handicapées
(MDPH) et des équipes des
secteurs de psychiatrie (générale
et/ou infanto juvénile) dans
l’évaluation du handicap psychique.
Ces deux premières phases seront
suivies d’un séminaire de recherche
avec les mêmes acteurs et d’un colloque
de présentation des résultats.
Phase de démarrage du projet, la
recherche documentaire a pour objet
de repérer et de présenter, de manière
synthétique, les éléments des
débats actuels autour de l’évaluation
du handicap d’origine psychique.
1- DEFINITION ET IDENTIFICATION
DES SITUATIONS DE HANDICAP
D’ORIGINE PSYCHIQUE
Une première partie concerne la définition
et l’identification des situations
de handicap d’origine psychique, à
partir d’une approche historique
(1960-2007) de la notion :
La littérature analyse le quiproquo
autour d’une notion de combat,
d’abord utilisée dans les années
soixante pour faire reconnaître
le handicap psychique par
rapport à un handicap physique,
seul reconnu dans la loi de 1957,
puis qui disparaît après la reconfiguration
réglementaire de la loi
de 1970 portant réforme hospitalière
et les deux lois du 30 juin
1975.
La période 1975-2005 se singularisera
de ce point de vue par
quatre phénomènes remarquables
:
o une montée en efficacité de la
psychiatrie par des améliorations
contemporaines (mais pas
toujours convergentes) à la fois
de la politique de secteur, de la
chimiothérapie, des psychothéra-
« HANDICAP D’ORIGINE PSYCHIQUE
ET EVALUATION DES SITUATIONS »
SYNTHESE 1ERE PHASE CNSA - DECEMBRE 2007
pies, des soins institutionnels, des
activités et soins de réadaptation ;
o une reconnaissance forte, notamment
par les lois 2002 du
droit des usagers et des malades
;
o une nouvelle appréhension des situations
de handicap à partir des
années 1980 (années 1990 : diffusion
de la CIH et du PPH en
France, années 2000, diffusion de
la CIF).
La notion de handicap psychique
« renaît » dans les années 2000
autour de six champs de réflexion
qui se croisent et interagissent :
o Le premier champ concerne le
regard que la société et ses acteurs
portent sur la santé et la
maladie mentales (cf. enquête sur
les représentations du CCOMS
santé mentale).
o Le deuxième champ concerne les
différentes enquêtes auprès des
populations qui collectent des informations
et proposent des analyses
de ces données : baromètre
santé, santé des adolescents,
santé et soins médicaux, données
CNAM, enquêtes HID, Baromètre
INPES, UNAF, etc.).
o Les troisième et quatrième
champs concernent les travaux
d’ordre plus politique, ayant participé
d’une part à « rendre visible
» les situations de handicap
psychique (Rapport Peil et Roelandt,
Livre blanc, etc.) et à les
différencier d’autres types de
handicap (Rapports Charzat, Cléry
Melin, Livre blanc, etc.).
o Le cinquième et sixième champs
concernent plus spécifiquement
les propositions de définition
des situations de handicap
psychique, du point de vue des
différents acteurs et notamment
(sixième plan) du point de vue
des personnes souffrant de troubles
psychiques.
L’ensemble des productions écrites
nous amène à repérer quatre
conditions nécessaires à
l’organisation actuelle française
de l’action médico-sociale (sous
chapitre 4) :
o un langage partagé ;
o une inscription du diagnostic
médical dans un processus
thérapeutique ;
o la prise en compte de l’incapacité
globale à agir, -comme fragilité
ou vulnérabilité sous jacente diminuant
les capacités de défense
et d’adaptation de la personne
aux exigences sociales- ;
o La prise en compte des ressources
personnelles ;
o l’articulation entre le sanitaire et
le social.
Cette première partie de l’exploration
documentaire est essentielle pour
analyser et resituer les outils de mesure
du fonctionnement des personnes
souffrant de troubles psychiques
et des situations qu’elles vivent.
C’est au regard des enjeux repérés
dans la première partie qu’on peut
appréhender la seconde consacrée
aux outils d’analyse et de mesure.
2- METHODES ET OUTILS DEVALUATION
DU FONCTIONNEMENT
INDIVIDUEL, PSYCHIQUE ET SOCIAL
Peu ou prou, les outils d’évaluation
des situations du handicap (d’origine
psychique) se réfèrent à des outils
ou des méthodes d’analyse que
sont les classifications internationales
(classification internationale du fonctionnement,
de la santé et du handicap
et processus de production du
handicap), comme nomenclatures et
surtout comme structure dynamique
d’articulation entre les champs
SYNTHESE 1ERE PHASE CNSA - DECEMBRE 2007
d’information et de connaissance :
c’est l’interaction entre les caractéristiques
de la personne et celles de ses
environnements, en fonction de ses
habitudes de vie, qui permet
d’appréhender la situation de vie de
la personne.
A partir de ces outils de méthode,
sont présentés les trente deux
principaux outils de mesure existants
et utilisés en France et à
l’étranger, en mettant en exergue :
les outils directement issus de la
CIF ou du PPH (WHODAS II, MAHVIE,
GEVA, etc.) ;
l’outil d’évaluation des situations
de handicap réglementaire (ou en
voie de l’être) qu’est le GEVA ;
et la compatibilité des outils de
mesure présentés avec l’outil réglementaire.
Nous différentions d’autre part, de
manière commode :
les outils d’évaluation du fonctionnement
individuel, psychique
et social ;
les outils d’évaluation du soutien
social ;
les outils d’évaluation de l’estime
de soi ;
les outils d’évaluation de la qualité
de vie.
Certains des outils de mesure sont
mixtes et nous les avons classés en
fonction de leur mesure principale.
A partir de cette documentation
dense et multidimensionnelle, et au
regard de la première partie qui repérait
les éléments problématiques
de l’évaluation des situations de
handicap d’origine psychique, nous
avons synthétisé les besoins de
connaissances pour cette évaluation
(2ème partie, chapitre 3) :
l’évaluation est un processus « dynamique
» : ce qui fait sens, c’est
moins les informations collectées et
fixées à un moment donné sur la situation
d’une personne que l’analyse
des écarts entre des temps T1, T2 ou
T3.
Les informations nécessaires à la
compréhension d’une situations ont
de multiples sources : elles proviennent
des experts médicaux et
médico-sociaux, de la personne, de
ses proches, des différents intervenants
sociaux, etc. ;
Les dimensions et domaines de vie
participant au bien être social d’une
personne (les six plans proposés par
l’UNAFAM) sont interdépendants ;
Enfin, il convient de préciser qu’il y a
une interdépendance entre les temps
d’évaluation et de construction partagée
d’un plan personnalisé et les
temps de la mise en oeuvre de ce
plan.
Qu’est-ce qu’on doit connaître
avant l’évaluation proprement
dite de la situation ?
o Le diagnostic médical et psychiatrique
;
o Le projet de vie ou les buts
de la personne ;
o L’évaluation du fonctionnement
cognitif ;
o Le parcours de vie.
Qu’est-ce qu’on veut
connaître par la mise en œuvre
de ce processus ?
o Le rapport à la maladie ;
o Les compétences sociales
et leurs limites temporaires,
définitives ou variables ;
o Les ressources propres à la
personne ou à l’entourage.
A partir de l’ensemble de ces éléments
de synthèse nous proposons
un Processus d’Evaluation du
Handicap d’Origine Psychique,
structuré autour d’un schéma, qui
reprend l’architecture du processus
de production du handicap, et qui
situe, dans toutes les informations
que nous avons à connaître et à articuler,
la place de l’outil réglementaire
qu’est le GEVA ainsi que celle
des différents outils de mesure présentés.
Le chapitre 4 présente les conséquences
organisationnelles de
cette approche à partir de la littérature
française et internationale
concernant l’accompagnement et
le case management.
3- QUELQUES EXEMPLES
D’EXPERIENCES RECENTES
La recherche bibliographique axée
principalement sur un repérage de ce
qui existe dans le paysage actuel en
France, parfois ailleurs, a permis de
repérer différents domaines de la vie
quotidienne dans lesquels des pratiques
ont pu être expérimentées,
dont particulièrement celui de
l’insertion professionnelle des personnes
souffrant de troubles psychiques
et plus récemment celui du
cumul de la pathologie invalidante et
de la précarité sociale.
Si le fonctionnement en réseau de
professionnels s’impose aujourd’hui
comme une des solutions incontournables
dans l’accompagnement de la
personne en souffrance psychique,
les différentes expériences citées illustrent
l’idée que la notion même de
« réseau » couvre des expériences
diverses et des logiques de fonctionnement
hétérogènes, même si
l’objectif poursuivi reste commun.
Les réseaux ou les partenariats
s’appuient le plus souvent sur une
démarche empirique, comme le réseau
RéHPI en Isère.
Les expériences testées par des professionnels
qui trouvent des réponses
et des ouvertures intéressantes en
termes de réponses nouvelles sont
souvent les moteurs des actions proposées
dans les réseaux. Dans ce
sens, les outils et les protocoles découlent
de ces expériences-là et
viennent a posteriori de la réflexion
en tant que propositions de mutualisation
des pratiques.
Dans la réalité, l’idéal serait sans
doute un aller-retour constructif entre
les pratiques professionnelles innovantes
intuitives et l’ajustement
des outils d’aide à l’évaluation... L’un
étant complémentaire de l’autre.
Deux champs d’investigation ont été
particulièrement couverts par les expériences
innovantes :
celui de l’insertion professionnelle,
avec par exemple le réseau
Galaxie, l’ESAT hors les murs
de L’ADAPT ou le Centre d’Evaluation
et de Placement Professionnel de Lorient,
celui des situations des personnes
souffrant de troubles psychiques
en grande précarité, avec
les équipes mobiles psychiatrieprécarité,
le programme des résidences
accueil de la DGAS et les maisons
relais.
Enfin, les témoignages et points
de vue des personnes elles-mêmes
sont des initiatives innovantes qui
changent la manière de répondre aux
situations de handicap d’origine psychique.
Le rapport complet est en pièce jointe.