Les troubles du langage et certaines formes d’épilepsie ou d’autisme seraient dus au dysfonctionnement d’un même réseau de protéines dans les aires du cerveau impliquées. C’est la conclusion de travaux menés par des chercheurs de l’Inserm à l’Institut de Neurobiologie de la Méditerranée (INMED). Un pas vers une meilleure compréhension du développement du langage et des pathologies associées.
Près de 7% des enfants entrant à l’école concernés
Près de 7 % des enfants entrant à l’école présentent des troubles du langage. A savoir des difficultés à apprendre et à développer leur langage oral. Les mécanismes qui entraînent ces troubles restent difficiles à élucider. "La parole étant l’apanage exclusif de l’homme, aucun modèle cellulaire ou animal ne peut être imaginé a priori pour étudier le langage. Cela complique les recherches dans ce domaine", rappelle Pierre Szepetowski, directeur de l’équipe Génétique des Epilepsies Isolées et Associées (GEIA) de l’Institut de Neurobiologie de la Méditerranée (INMED) à Marseille (Inserm U901).
Malgré tout, ces dernières années, grâce à l’imagerie médicale, les chercheurs ont acquis une meilleure connaissance des zones et circuits du cerveau impliqués dans le langage. En outre, ils ont identifié un certain nombre de protéines impliquées dans des troubles du langage.
Par exemple, la protéine FOXP2 chez des patients présentant une dyspraxie verbale, ou encore la protéine SRPX2 chez des sujets épileptiques présentant le même type de problème d’expression orale.
Etape décisive vers une meilleure compréhension du développement du langage
L’équipe dirigée par Pierre Szepetowski vient de montrer que ces protéines (FOXP2, SRPX2 et son récepteur uPAR) fonctionnent en fait en réseau en interagissant les unes avec les autres. Un réseau qui, s’il est altéré, entraine des problèmes d’apprentissage ou d’expression orale. "Cette découverte est un point de départ. Un fil sur lequel il va falloir tirer pour mieux comprendre les mécanismes de développement des aires du langage. Ces travaux sont utiles non seulement aux communautés médicale et scientifique mais également à tous les chercheurs qui s’intéressent à l’apparition du langage au cours du développement, voire de l’évolution des espèces", explique-t-il.
Des origines communes avec l’épilepsie et l’autisme ?
Les chercheurs ont montré que ce même réseau moléculaire est impliqué dans la survenue de certaines formes d’épilepsie ou d’autisme. En fait, l’altération du réseau à un stade précoce du développement fœtal serait donc responsable non seulement des troubles du langage mais également de la survenue d’autres pathologies cérébrales présentant comme trait commun des problèmes d’expression, de communication. "Cette convergence s’expliquerait par le fait que ce réseau se mettrait en place de façon très précoce au cours du développement foetal", conclut Pierre Szepetowski, Directeur de recherche CNRS (DR2).
Source : "Molecular networks implicated in speech-related disorders : FOXP2 regulates the SRPX2/uPAR complex."
Human Molecular Genetics sept. 2010
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