Antoine, neuf ans, et Rémi, sept ans, font tous les jours presque deux heures de route pour être scolarisés en Belgique. Comme environ mille enfants de la région.
Ils sont près de deux mille et plus de la moitié viennent du Nord - Pas-de-Calais. Des enfants souffrant de handicap qui, faute de place en France, sont accueillis en Belgique. Là, ils sont pris en charge par la Sécurité sociale française. Le phénomène s’amplifie et, dans la région, associations et parents se mobilisent pour endiguer ce qu’ils n’hésitent pas à appeler un « exil ».
Un mercredi midi comme d’habitude à Wavrin, au sud-ouest de Lille. Antoine, neuf ans, et Rémi, sept ans, vont bientôt rentrer de l’école. Leur maman a déjà dressé la table, préparé le ketchup et le gruyère râpé. Dans quelques minutes, elle va attraper les cartables avant de faire asseoir ses fistons. Une scène identique dans tous les foyers. Sauf qu’ici c’est en taxi que les enfants arrivent après les cours. « Voici Rémi, qui n’a jamais parlé. » Tendrement, Caroline fait les présentations. « Et Antoine qui, lui, a eu un blocage à 18 mois. »
« Une punition »
Les deux garçons sont autistes. Leur chance : ils vont à l’école. Mais en taxi. Presque deux heures de route aller-retour chaque jour. Comme environ mille cent autres enfants handicapés de la région qui n’ont d’autre solution que la Belgique (1). Caroline Dumortier décrit sa galère : « Ils sont allés en hôpitaux de jour jusqu’à sept ans. Après, ils doivent normalement entrer en IME (institut médico-éducatif). Mais il n’y a pas assez de places. L’hôpital de jour de Lille m’a donné une liste. Il n’y avait que des noms d’établissements belges. »
En France, Caroline Dumortier aurait dû attendre deux ou trois ans. En Belgique, elle a trouvé des places en deux jours. Le transport de ses enfants en taxi, environ 2 000 € par mois, est remboursé par la Sécurité sociale, comme la scolarité. Chez beaucoup de familles, comme chez les Dumortier, trouver une place en Belgique a été un soulagement, mais aussi une source de colère : « Déjà qu’on n’a pas de bol. En plus, il faut envoyer ses enfants à l’étranger. Cela me révolte. C’est comme si la France se débarrassait de ses enfants handicapés. Avant, on en parlait moins.
Maintenant, les gens se regroupent. » Caroline Dumortier est vice-présidente de l’association « C’est mon école à moi aussi ». En juin 2007, l’association avait organisé une manifestation symbolique à la frontière : « Nous ne sommes pas contre les établissements belges. Mais contre le départ systématique des Français là-bas. » Céliane Beaucart, de Sains-en-Gohelle (à l’est de Lens), vient de rejoindre l’association. Elle aussi est tiraillée entre deux sentiments. « Je crois que sans la Belgique, je serais en dépression, lance carrément cette maman. Je me suis battue pour que ma fille, Charlotte, aille en France. C’était un combat perdu d’avance. L’État nous oublie complètement. Charlotte fait une heure et quart de trajet le matin et une heure et quart le soir. C’est cher payé pour avoir une vie comme un autre enfant. C’est une punition. Mais il n’y a pas d’autres solutions. » Certaines familles n’hésitent pas à déménager dans le Nord - Pas-de-Calais pour la proximité avec la Belgique. D’autres essaient de se rapprocher de la frontière. « Normalement, ce sont les enfants qui suivent les parents. Nous, c’est l’inverse », glisse amèrement Caroline Dumortier.
L’accueil des petits Français en Belgique a augmenté de 25 % entre 2007 et 2008. La faute à la pénurie de places en France qui concerne surtout le handicap lourd et l’autisme.
Méthodes d’avenir
Pascale Grard a créé l’association Pas-de-Calais Autisme en 1994 : « Aujourd’hui, j’ai l’impression que nous sommes toujours au même point. » Mais le manque de places n’explique pas tout. Les méthodes éducatives adoptées en Belgique semblent plus séduisantes. « Une fois qu’on a goûté à la Belgique, très peu reviennent !, affirme ainsi Caroline Dumortier. Eux s’adaptent à l’enfant. En France, c’est l’inverse. » « J’ai arrêté de travailler pour conduire mon enfant tous les jours en Belgique, explique une autre maman de Villeneuve-d’Ascq.
Mais quand on sent que ça va, on est très motivés. En Belgique, ils ont des méthodes d’avenir, très peu utilisées chez nous. » Reste que partir en Belgique est rarement un choix. Tous les parents rêvent pour leurs enfants, même handicapés, d’une école de proximité. En France.
(1) - Ce chiffre concerne seulement les enfants pris en charge par la Sécurité sociale. Le comité consultatif national d’éthique évalue entre 3 500 et 5 000 le nombre d’enfants et adultes accueillis.
Valérie Létard en visite en Belgique aujourd’hui vendredi 13 février 2009
La secrétaire d’État à la Solidarité visite aujourd’hui un établissement belge qui accueille des enfants autistes français. Elle sera en compagnie du ministre wallon de la Santé, Didier Donfut. Ce midi, Valérie Létard rendra également public un rapport de Cécile Gallez, députée du Nord, sur les conditions d’hébergement des personnes âgées et des personnes handicapées françaises en Belgique. Cette mission lui avait été confiée en février 2008. En novembre 2007, le comité consultatif national d’éthiquetirait la sonnette d’alarme sur les conséquences d’un « non- choix qui aboutit à ce qu’un enfant accueilli en Belgique ait toutes les chances de ne plus revenir dans notre pays ». Cécile Gallez a ainsi dressé un état des lieux du nombre de personnes hébergées, de la nature de l’accueil et du type de pathologie le plus représenté.
La Voix du Nord nous donne une suite ce samedi 14 février 2009 :
Handicapés et personnes âgées : vers la fin de l’exode en Belgique ?
C’est un phénomène qui s’est accru ces dernières années : environ huit mille Français, handicapés et personnes âgées, sont accueillis dans des établissements belges. Valérie Létard, secrétaire d’État à la Solidarité, et son homologue wallon ont annoncé hier le début d’un partenariat. Pour homogénéiser les pratiques et s’inspirer des méthodes de soins.
Une bonne odeur de gaufre, une petite cuisine et ce qui ressemble à des photos de famille accrochées au mur. Claude, déficient mental, présente avec sourire une large assiette. Cri du coeur de Valérie Létard : « On se croirait dans une maison ! » Voilà en tout cas à quoi ressemble La Pommeraie, structure belge modèle : quinze foyers répartis dans quatre villages, « pour être au plus près des besoins de chacun », et vingt-deux ateliers au choix pour les résidants.
Des cadres de vie idylliques, sauf qu’ils se trouvent aux alentours de Mons, en Belgique. La Pommeraie est le reflet d’un « exode », voire d’un « scandale » pour certaines associations. Parmi ses 180 résidants, 150 sont français. Les raisons ? Le manque de places, mais aussi des méthodes de prise en charge différentes (lire ci-dessous).
Aujourd’hui, les pouvoirs publics semblent vouloir prendre le problème à bras le corps. Hier, Valérie Létard a promis la signature prochaine d’un accord cadre entre la France et la région wallonne. « Mon idée n’est pas du tout de rapatrier tous les Français, mais de créer les outils d’un libre choix. » Des inspections communes devraient être organisées, et les données sur les personnes accueillies en Belgique centralisées.
Scepticisme
À La Pommeraie, Ignace Lepoutre a un grand sourire. Dunkerquois d’origine, il est vice-président de l’association des parents d’élèves de cette structure belge. Son histoire est tristement banale. « Mon frère est déficient mental, on n’a trouvé aucune solution adaptée en France. Ce partenariat est important car le Nord a un gros déficit et les problèmes sont identiques. »
L’idée est donc de rattraper le retard français, en terme de places et de méthode. En parallèle du partenariat, Valérie Létard a annoncé des créations d’établissements : 500 000 places de plus d’ici cinq ans pour le handicap au niveau national. Dans le Nord, les besoins devraient être remis à plat. L’établissement de Villeneuve-d’Ascq qui utilise la méthode ABA (1) pourrait faire des émules : trois autres projets sont dans les cartons. Côté personnes âgées, la secrétaire d’État a promis 1 200 places nouvelles en 2009 dans le Nord, soit l’équivalent d’environ quinze maisons de retraite.
Mais ces annonces laissent sceptiques les associations locales. « Il y a toujours eu des accords transfrontaliers, réagissait hier Helen Silvere, vice-présidente de l’association « C’est mon école à moi aussi ». En France, il y a des problèmes de fond dont on ne parle jamais, des clivages idéologiques sur les méthodes de soins, et les parents sont pris en otage. Heureusement qu’il y a des annonces, mais on a trente ans de retard à combler ! »
(1) La méthode ABA est une méthode comportementaliste pour "compenser le handicap qu’est" l’autisme, méthode très répandue en Belgique mais encore très peu en France. Son efficacité est remarquable en terme de résolution des troubles du comportement, surtout quand on considère cette méthode comme un outil, et qu’on l’utilise au sein d’un projet pluridisciplinaire. Encore faut-il que cet outil soit ce dont a besoin la personne autiste, sans s’interdire d’autres outils complémentaires tels que le programme TEACCH (structuration de l’espace et du temps pour que les choses soient "lisibles" par la personne autiste), le PECS (échange d’images pour communiquer), le MAKATON (combinaison d’un langage signé simplifié et de pictogrammes), .... Toutes ces approches sont communément utilisées à l’étranger, Espagne, Belgique, pays européens du Nord, Amérique du Nord, et leur efficience a été prouvée, tant par leur efficacité, que par les progrès acquis par ces jeunes qui en bénéficient. La France étant encore sous la chappe de plomb de l’approche psychanalitique (ou psychodynamique), ces approches éducatives, pas nouvelles du tout et donc à tort appelées expérimentales, ont beaucoup de mal à émerger concrètement dans les prises en charge proposées. Pourtant, leur approche pédagogique se fonde sur la même approche éducative que pour les enfants non handicapés, mais avec un degré de technicité bien plus élevée dans la conduite.
AFG remercie la presse tel que La Voix du Nord de sensibiliser le grand public face à ce manque cruel en France, qui en temps de crise, parait ubuesque de créer et financer des emplois à l’étranger, au lieu de créer ces emplois en France, près du lieu de résidence habituelle de la personne autiste, et ainsi injecter toute cette mane financière dans le secteur économique Français, où toute l’économie locale en récupérera les fruits. Créons des places adaptées en France, créons de l’emploi en France. Pour Mémoire AFG, en terme salarial, c’est aujourd’hui 180 salariés, (soit 144 équivalents temps pleins). Ces professionnels du médico-social travaillent, paient des impôts, consomment, font vivre les artisants, les commerçants, ...