"Les travailleurs sociaux sont-ils usés ?" Oui et non, en tout cas ils souffrent d’un manque de reconnaissance professionnelle, alors que les conditions d’exercice du travail social sont de plus en difficiles, constatent cinq chercheurs dans une étude publiée dans la Lettre de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES).
Menée pendant un an sur cinq terrains différents (un service municipal de la petite enfance, deux territoires d’action sociale de conseils généraux, un centre d’accueil de jour et une structure spécialisée dans la supervision des pratiques en travail social), leur enquête débouche en effet "sur une critique des modalités institutionnelles et gestionnaires actuelles qui visent à mesurer individuellement les compétences professionnelles sans les rapporter aux nombreuses tensions caractéristiques de l’exercice contemporain du travail social".
Car "ces nouveaux modes de gouvernance s’interdisent de reconnaître les efforts particuliers déployés par les intervenants pour continuer, malgré tout, à ’bien faire leur travail’", poursuivent-ils dans la publication de l’ONPES, disponible en ligne (Lettre n°6, octobre 2008.
L’usure professionnelle a d’abord été associée aux "phénomènes d’épuisement liés à la prise en charge répétée d’usagers réputés difficiles, voire ’inguérissables’", qui conduisent au fameux burn out, qui touche aussi d’autres catégories de professionnels. Mais limité à l’individu, ce syndrome est impuissant à refléter les "vives inquiétudes consignées dans tous les secteurs et à tous les niveaux de l’intervention sociale", estiment les auteurs de l’étude, qui font état d’un malaise généralisé des travailleurs sociaux face aux bouleversements subis par leur métier en deux décennies : vulnérabilité accrue des usagers, multiplication des dispositifs et des procédures parfois sans "mode d’emploi", décentralisation, renforcement de la logique de gestion en même temps que des droits des usagers, etc.
"Confrontés à des cadres multiples et contradictoires", ils doivent composer avec de nouveaux référents, jusqu’à ne plus pouvoir s’appuyer parfois "sur leurs qualifications initiales et leurs compétences habituellement reconnues". Ils ont alors le sentiment d’avoir perdu le sens du métier, "le ressentiment s’installe".
Découragés par le manque de soutien et de reconnaissance de leur hiérarchie, alors qu’ils font preuve d’inventivité pour "combler le décalage entre le travail prescrit et le travail réel", les travailleurs sociaux expriment une demande de plus en plus pressante de mutualisation et d’analyse partagée des pratiques, soulignent encore les enquêteurs, qui y voient le signe d’une "reconfiguration" de leur autonomie traditionnelle, face à la standardisation des tâches et à un risque d’isolement.
Pour mémoire, un article a été consacré à cette enquête, qui venait d’être remise à l’ONPES, dans le n° 2562 des ASH, daté du 13 juin 2008.
Source de cet article : ASH